L’ORATORIO DI PETRE CUTRATE DE J-PH BALDASSARI : VOYAGE ONIRIQUE ET INITIATIQUE

 

Oratorio Di Petre Cutrate J-Ph Baldassari couleur-Bulle.fr Sabine Vaillant

L’ORATORIO DI PETRE CUTRATE  – J-PH BALDASSARI

Alors que le froid accompagnait la longue descente vers la nuit noire de l’hiver, ce 14 décembre dernier, L’Oratorio Di Petre Cutrate en quatre actes de Jean-Philippe Baldassari naissait magnifiquement au public sous les voûtes de l’Église Saint-Louis de Vincennes.

Coupole saint-Louis de Vincennes

Finalisé en 2007, après plus de trois années de créations et d’enregistrements en studio, L’Oratorio, allégorie dramatique, convoque les forces telluriques du territoire magique Petre Cutrate, la beauté sauvage, l’imaginaire puissant des mythes fondateurs, « l’anima corsa » et les traditions méditerranéennes. L’art et l’humain s’y croisent et s’y confrontent.

J-Ph Baldassari a imaginé ce drame à la fois sacré et profane en forme de méditation sur le destin de l’homme, lié à sa terre de naissance depuis l’origine jusqu’au départ du monde des vivants. Il donne vie au mystère de « l’anima corsa » dans les interactions de l’orchestre et du chœur, l’électro-acoustique, les voix, la scénographie, la vidéo, les récitatifs lyriques, le chœur antique, le ténor lyrique soliste « alla corsa »

Orchestre J-Ph Baldassari couleur-bulle.fr Sabine Vaillant

Première de L’ORATORIO DI PETRE CUTRATE – J-PH BALDASSARI

 14 décembre 2018

C’est à Stéphane Dietrich que revient l’écriture orchestrale après la conception studio.

J-PH Baldassari transporte le spectateur au cœur du domaine de PETRE CUTRATE pour qu’entre en résonance la musique, le chant, les images , avec le récit, laissant libre l’imaginaire de s’en saisir, d’y voyager et affleurer les émotions.

Oratorio Di Petre cutrate J-Ph Baldassari couleur-bulle.fr Sabine Vaillant

 

 

 

 

Petre Di Cutrate  (‘pierres pétri-fiées de magie’) – Jean-Philippe Baldassari 

« PETRE CUTRATE est un territoire magique où le PRINCIPELLU – le prince – est retenu captif. Il y est tout à la fois élevé et étouffé par les TRE SURELLE – les 3 Parques. En fait, le domaine de Petre Cutrate est constitué de ronces épaisses, tressées par les Parques qui protègent jalousement leur enfant devenu homme de toutes les formes d’impureté pouvant provenir de l’extérieur.

Oratorio Di Petre Cutrate J-Ph Baldassari couleur-bulle.fr Sabine Vaillant

Petre Cutrate est de fait un monde clos, comme le « ventre épineux » de la naissance, d’où nul ne semble pouvoir s’extraire mais où se cache, dit-on, un trésor fabuleux. Le prince, lui, est un être très faible, et, de surcroît, aveugle. Être de pensée, de lumière et d’amour, il erre entre des illusions, rêvant de rencontrer « l’autre », celui qui est au-delà de « son » obscurité, au-delà de la nuit. Or, au-delà de Petre Cutrate, à l’extérieur, les Capitani et Suldati complotent et se laissent submerger par les rumeurs. Ils se préparent à prendre d’assaut Petre Cutrate où, dit-on, ne règnent que la mort et les maléfices. Là d’où semble venir la peste qui emporte toute vie sur son passage. Petre Cutrate est alors l’image de « l’autre » dans sa malédiction, de l’ennemi porteur de malheur et de mort d’où rien de bon ne semble pouvoir sortir.

Le pauvre prince, lui, prisonnier de ses chimères, ne sait pas que sans la protection des Parques, le monde extérieur l’aurait depuis longtemps happé envahi et détruit. Ainsi, entre regards intérieurs et extérieurs, Petre Cutrate est l’objet d’un combat cosmique. En ce monde, à l’aune des peurs de l’autre, des ignorances et des différences, le chemin réconciliateur de la confiance et de la reconnaissance paraît bien étroit ».

Orchestre première Oratorio Di Petre Cutrate J-Ph Baldassari couleur-bulle.fr Sabine Vaillant

Première de L’Oratorio Di Petre Cutrate – J-Ph Baldassari –  14 décembre 2018

Avec talent le compositeur, pour cette première, a convoqué sur scène toute l’énergie créatrice, les forces du monde, la Corse, les passions, le beau, mains dans la main avec les muses et les artistes offrant 1 h 30 d’un moment rare de création pure. Superbe !

www.petrecutrate.fr

Sabine Vaillant

Couleur Bulle

blog couleur-bulle.fr sabine vaillant

Orchestre répétition

  • PETRE CUTRATE

Oratorio en quatre actes pour solistes, récitants, chœur et orchestre

Livret et musique Jean-Philippe BALDASSARI

Orchestrations Stéphane DIETRICH

Antonin Rey chef d'orchestre Oratorio di Petre Cutrate couleur-bulle.fr Sabine Vaillant

Antonin Rey

Chef d’Orchestre Antonin Rey

Apports chorégraphiques Taos MESBAHI

Danseuse Sheldon Cantenys

Création vidéo Yves STRAUSS

Scénographie Hugues BAUDOIN

Orchestre Oratorio di Petre cutrate J-Ph Baldassari couleur-bulle.fr Sabine Vaillant

Ensemble orchestral : Violons : Lucie Leker, Gabriel Hammel, Audrey Sproule, Claudine Rippe, Alto : Madeleine Rey, Violoncelle : Rosano Ugo, Contrebasse : Claire Lebrun, Flûte traversière : Sahollarillva, Hautbois : Valérie Vonbank, Clarinette : Nathan Desmarquest, Percussion : Nadia Bendjaballah, Nouhem Charliac, Cor : Lise Renon

Ensemble vocal STONATRILLA Chef de chœur Pierre Fassi

Actrices Anne Pedro, Jennifer Grousselas

Comédienne et récitante Passiflore Baldassari

Règle éclairage Robert Gonin

Assistance aux éclairages Jean-Paul Mougey

www.petrecutrate.fr

  • Jean-Philippe Baldassari

Auteur & Compositeur

J-Ph Baldassari Oratorio di Petre Cutrate couleur-bulle.fr Sabine Vaillant

Depuis les années 70, sa trajectoire est riche d’un grand nombre de rencontres et de créations. Au-delà de collaborations régulières à de nombreux projets en tant que pianiste ou chanteur, on le retrouve à la composition musicale dans le cadre de documentaires, de films et de productions théâtrales. Ouvert sur les héritages traditionnels (racines corses, world music, répertoires symphoniques…) autant que sur les démarches les plus avant-gardistes (pop, électro-acoustique, expérimentations variées…), Jean-Philippe inscrit sa démarche au sein de multiples partenariats culturels. Ainsi, au fil des décennies, chansons, illustrations sonores, créations scéniques se conjuguent. Apparaît alors l’œuvre d’un rassembleur d’esthétiques, capable de mettre en synergie des mondes sonores, visuels et sensoriels très hétérogènes. Il est fait Chevalier de l’Ordre National du Mérite puis officier des Palmes Académiques et reçoit la médaille nationale d ‘or des Arts Sciences et Lettres. De 2007 à 2010, il compose l’Oratoriu di Petre Cutrate, (oratorio des ‘pierres pétri-fiées de magie’) vaste fresque électroacoustique en langue corse et latine à partir de laquelle il propose à Stéphane Dietrich d’imaginer une version orchestrale plus strictement acoustique.

  • Stéphane Dietrich

Orchestrateur

Stéphane Dietrich Oratorio di petre cutrate

A la fin des années 1990, Stéphane Dietrich fréquente les classes de piano et d’écriture musicale à Nancy. Après obtention de l’agrégation de musique, les rencontres et les expériences musicales se multiplient. Elles contribuent à enraciner une trajectoire de compositeur et arrangeur qui frappe par son éclectisme : opéras, pièces pour orchestre, concertos, motets, album de chansons, arrangements variés… En équilibre entre traditions et innovations, se révèle un univers où une plume rigoureuse demeure au service d’une vision résolument poétique. Depuis 2001, ses œuvres ont parfois fait l’objet de commandes, de créations et d’enregistrements.

  • Stonatrilla 

Stonatrilla

Fondé en 2001, le chœur de chambre Stonatrilla a exploré des répertoires multiples : musiques française (Charpentier notamment), italienne (Monteverdi, Gesualdo), allemande (Membra Jesu Nostri de Buxtehude, cantates de Bach) et anglaise. Avec l’ensemble orchestral Stringendo, puis depuis 2012, sous le direction de Jean Thorel, et de Pierre Fassy, l’ensemble vocal a collaboré à des concerts très éclectiques, alliant des œuvres du répertoire classique (Mozart, Brahms, Mendelssohn, Liszt, Franck) et des performances plus contemporaines.

  • Hugues Baudoin

Scénographe

Hugues Baudoin

À 19 ans, Hugues s’installe à Paris et exerce le métier de comédien pendant plusieurs années. Il suit une formation de comédien, danseur, chorégraphe de « combat » à l’École Supérieur de Théâtre de 1990 à 1994. Durant ces années 90, il partira à la rencontre de comédiens et metteurs en scène sur une terre en conflit : Israël/Palestine. Il travaille alors à une première réalisation documentaire. Plus tard il se fait animateur d’ateliers dans les écoles et les bibliothèques scolaires tout en dispensant des cours de théâtre, en montant des carnavals, des évènements et adaptations de pièces d’auteur. Il travaille et signe tout récemment une réalisation sur le cinéaste français Jean-Pierre Mocky.

  • Yves Strauss

Vidéaste

Yves Strauss

Professeur d’audiovisuel, il cofonde les sections spécialisées de cinéma de la cité scolaire Hector Berlioz à Vincennes, pépinière de talents à l’écran comme à la réalisation. Entre 1990 et 2016, il réalise documentaires et reportages.

  • Taos MESBAHI

Danseuse & Chorégraphe

Tao Mesbahi

Actuellement danseuse professionnelle et professeure de danse contemporaine et modern jazz, Taos est formée au conservatoire pendant 12 ans avant d’intégrer l’école Choreia ou elle devient diplômée d’État. Elle entre ensuite chez ACTS, école de danse contemporaine de Paris grâce a laquelle elle effectue plusieurs stages en compagnie professionelle, en France et a l’étranger (Wim Vandekeybus, Ambra Senatore, Claude Brumachon.. ). Sur scène, elle se produit en création pour divers événements et compagnies, notamment pour les chorégraphes Julie Sicard (qu’elle assiste depuis 2014) ou Félix Landerer en Allemagne). La danse de Taos s’inscrit dans une gestuelle terrienne, fluide et puissante

ANDRE ROBILLARD EN COMPAGNIE DE HENRI-FRANÇOIS IMBERT, UN GRAND ARTISTE DE L’ART BRUT

SYNOPSIS ANDRÉ ROBILLARD EN COMPAGNIE

André Robillard, en compagnie Henri-François Imbert blog couleur-bulle.fr sabine vaillant

En 1964, André Robillard s’est mis à fabriquer des fusils avec des matériaux de récupération, ramassés au hasard de ses promenades dans l’hôpital psychiatrique où il vivait près d’Orléans. Aujourd’hui, à 87 ans, André demeure toujours dans cet hôpital, où il est entré à l’âge de neuf ans il y a 78 ans. Entre temps, il est devenu un artiste internationalement reconnu du champ de l’Art Brut. Lors d’un voyage d’André à l’Hôpital de Saint-Alban, en Lozère, pour présenter une création théâtrale à laquelle il participe, tout se relie enfin: l’Art Brut, la psychiatrie, la Résistance. L’histoire d’André Robillard croise en effet celle de la Psychothérapie Institutionnelle, véritable révolution du regard sur la folie, opérée au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

ANDRÉ ROBILLARD, EN COMPAGNIE

André Robillard

Voilà 25 ans que la caméra de Henri-François Imbert suit André Robillard, artiste internationalement reconnu du champ de l’Art Brut principalement pour les fusils qu’il confectionne depuis 1964. Le cinéaste livre son troisième film : André Robillard, en compagnie. Il ouvre le champ et « … permet d’envisager comment tout cela a été possible ».

L’œil de la caméra découvre A. Robillard commentant les œuvres de Auguste Forestier son artiste préféré. Puis, du haut de ses 80 ans, sur la scène de théâtre. Entre répétitions et spectacles avec le musicien Alexis Forestier de la Compagnie des Endimanchés pour le spectacle Tuer La Misère, l’artiste se révèle musicien, acteur, chanteur. A cette occasion, il se rend à Saint-Alban en Lozère pour jouer lors des Rencontres de La Psychothérapie institutionnelle. , où François Tosquelles, Lucien Bonnafé et d’autres psychiatres ont inventé cette psychiatrie plus humaine, véritable révolution du regard sur les patients et où ont été accueillis des résistants pendant la guerre. C’est ici aussi qu’a vécu Auguste Forestiera de 1914 à sa mort en 1958. A. Robillard s’immerge dans la vie à Saint-Alban avec la presse aux grands rouages métalliques qui servait à imprimer le journal Trait d’Union  de 1950-1962 et les rencontres personnelles. Son histoire à l’hôpital croise ses sources à Saint Alban, sur la piste du psychiatre Roger Gentis qui selon Henri-François Imbert est son médecin à l’hôpital de Fleury-les-Aubrais.

Hôpital où se trouvent son atelier, ses œuvres, son chez-lui, qu’il ouvre et offre à la caméra. Créateur toujours et encore, l’artiste décrypte sa sculpture commandée par l’hôpital pour les 70 ans de l’institution. André Robillard devant son œuvre exposée pour le vernissage de sa rétrospective à la Collection de l’Art Brut de Lausane revient sur les pièces exposées, sur son univers. Il commente, presque incrédule,  la carte postale avec l’un de ses fusils, commandée par Michel Thévoz conservateur du musée qui présenta en 1976 ses premiers fusils laissant la porte ouverte à sa renaissance.

Enfin André Robillard, sculpteur, plasticien, dessinateur, musicien, créateur d’art brut, entouré de ses admirateurs, amis, des directeurs de l’hôpital qui se sont succédés, est fait Chevalier des Arts et des Lettres le 26 novembre 2015 par Sylvie Le Clech Directrice Régionales des Affaires Culturelles Centre Val de Loire.

André Robillard, en compagnie un voyage ou « comment un homme, relégué à une situation d’abandon et d’enfermement (depuis l’âge de 9 ans) a pu non seulement se mettre à créer, mais y être encouragé; comment aussi des médecins, depuis 50 ans, ont pu découvrir ce travail et favoriser sa reconnaissance dans le champ de l’Art Brut, en le communiquant dès sa découverte à Jean Dubuffet ». Autant de questions posées, par Henri-François Imbert, dans ce compagnonnage cinématographique de 25 ans autour de l’Art Brut, de l’histoire de la psychiatrie, croisés par l‘Histoire, entrant en résonance avec le devenir de la psychiatrie à l’hôpital aujourd’hui, les pratiques, les moyens alloués. André Robillard en Compagnie de François Imbert, un film solaire à voir. 

  • ANDRÉ ROBILLARD, EN COMPAGNIE – 2018 – Henri-François Imbert

France – 92 min

Libre Cours

Sortie nationale : 14 novembre 2018

Sabine Vaillant

Couleur Bulle

blog couleur-bulle.fr sabine vaillant

HENRI-FRANÇOIS IMBERT- CINÉASTE

FILMOGRAPHIE

1993 : André Robillard, A coup de fusils! – 25 minutes

2013 : André Robillard, En chemin – 80 minutes

2018 : Dans André Robillard, en compagnie, « Imbert le filme tandis qu’il commente la carte postale grâce à laquelle il a compris (tardivement) que ses œuvres se trouvaient dans un musée : éditée par la Collection de l’Art Brut de Lausanne, elle représentait l’un de ses premiers fusils, photographié par Mario Del Curto à la demande du conservateur Michel Thévoz » 92 minutes

1996 : Sur la plage de Belfast

1999 : Doulaye Une saison des pluies

2003 : No Pasarán, Album souvenir

2008 : Le Temps des amoureuses

henri-françois Imbert Libre cours couleur-bulle.fr sabine vaillant

Henri-François Imbert, libre cours – octobre 2018 – Editions Playlist Society.

CAROLINE VAILLANT – PLASTICIENNE – SUR LE TERRAIN / ÉCOLE D’ART CLAUDE MONET – NAISSANCE D’UNE OEUVRE

 

Caroline Vaillant a marqué l’espace de la ville de son réseau tricoté. Cet ouvrage changeant, éphémère, a pris volume et forme dans la tension des fils de ceux qu’elle a invités à entrer dedans. Les lignes de force de ses photographies ont puisé dans les lieux traversés au sein desquels le réseau manipulé a pris l’allure d’une sculpture quasi personnifiée qui a roulé sa bosse, voyagé, passé du temps avec des personnes d’horizon différents.

 

Courtesy Caroline Vaillant

 

Carrefour des Droits de l’Homme

Tout a commencé un début d’après-midi sur une file de l’autoroute du Nord de Paris dans la petite auto de l’artiste entre camions et voitures, tous plus pressés les uns que les autres. Pas de rallye en vue, juste l’ambition d’arriver entières guidées par la voix imperturbable du GPS. Caroline s’est assurée ce matin par téléphone de la météo à Aulnay-sous-Bois et de la volonté des tricoteurs de poser pour les photos aujourd’hui. Tout devrait fonctionner, même si, il faudra faire vite aux vues des températures extérieures, glaciales. Sur place, l’épineuse question du stationnement réglée, déballage du matériel photo. Roulent valises par un froid mordant, un escabeau sous le bras direction le Carrefour Des droits de l’homme d’Aulnay-sous-Bois.

Choisi et étudié, pour sa lumière par l’artiste lors de ses repérages en solo, le lieu est un peu no man’s land. Fréquenté par les voitures, bruyant aussi, situé sous le pont de l’autoroute qui sépare de son trait d’asphalte deux territoires d’Aulnay-sous-Bois, son terre-plein a été planté de lourdes pierres pour en limiter l’accès. Hasard ou recherche esthétique de la DDE, certaines sont disposées en cercle, au centre de cet îlot de terre. Tel un cromlech des temps modernes, il attend que la lumière allume ses pierres dans un lieu de passage, à usage fonctionnel. L’atmosphère du lieu s’en ressent.

Tapis en boules au fond des trois valises le réseau attend sa mise en tension. La plasticienne suit sa carte mentale des entrelacs et en traduit les images de ses indications. La scénographie nécessite de longues manipulations. Caroline s’interrompt, évalue son travail, photographie l’avancement, compare la lumière avec celle de ses repérages, aujourd’hui le ciel n’est pas exactement bleu, grimpe sur l’escabeau pour une meilleure vue d’ensemble.

Dernières retouches, la composition semble conforme à son attente. Le réseau déploie ses gris, sa matière, sa géométrie. Il ne lui reste plus qu’à prendre vie en se connectant au réseau des tricoteurs, à entrer en interaction avec celui des transports routiers qui distribuent les habitants au quatre coins de la ville.

Des femmes et un homme arrivent du foyer de personnes âgées, disposés à donner de leur réseau. Les pros du tricot sont déjà à l’œuvre, les autres tâtonnent, demandent conseil aux voisins, ça parle, rit, plaisante, chante. L’aventure qui lie le groupe se joue en live. L’installation prend corps, chacun se concentre sur son ouvrage. Le réseau entre en tension, éprouvant les liens, ouvrant la communication non verbale, d’inconscient à inconscient. La séance photo démarre. La photographe varie ses angles de prise de vue, ajuste la position des tricoteurs, encourage de la voix, court d’un point à un autre, cherche la lumière, mitraille. Quelques vérifications rapides sur l’écran, dernière série… la plasticienne remercie et donne le clap de fin. Les tricoteurs gelés rentrent se mettre au chaud. Pas le temps de partager une boisson chaude, il faut ranger.

Le réseau s’est allongé. Il est emmêlé de partout, patiemment les rubans de tricot sont débarrassés de la terre et des brins de végétaux, que le réseau a emportés avec lui, puis enroulés en petits tas qui seront finalement repris et ré-enroulés entre eux pour constituer des monticules moelleux. Le réseau ainsi replié emporte avec lui les voix, les pensées, l’imaginaire des tricoteurs avant de disparaître dans ses valises.

Retour sur Paris, trafic dense. Dans l’habitacle de la voiture, après trois bonnes heures dehors, relâche, échange sur la séance. Caroline s’inquiète, la lumière lui semble juste et tellement différente de celle de ses repérages. Il est trop tôt pour conclure. Seules les photos, une centaine, pourront lever le doute. Accepter une part d’improvisation dans son travail génère beaucoup d’incertitudes : combien de tricoteurs seront réellement au rendez-vous, prendront-ils librement des postures intéressantes, seront-ils constants et concentrés, la lumière sera-t-elle changeante ?

Courtesy Caroline Vaillant

 

Hôpital Robert Ballanger – Séance tricot

Aujourd’hui en route pour le centre hospitalier intercommunal Robert Ballanger, pour une heure de tricotage à l’hôpital de jour, du service de psychiatrie. Le pavillon, se trouve au fond du parc, loin de l’entrée.

Caroline a œuvré en amont pour proposer son projet, régler les questions administratives et mettre en place le calendrier, pourvu qu’ils n’aient pas oublié… La porte s’ouvre sur une grande pièce plutôt lumineuse, seuls quelques participants à l’atelier mosaïque créent au calme, entourés de leur matériel. Autour de grandes tables, l’artiste parle de son travail assure que personne n’est obligé de tricoter. Elle invite à se saisir des aiguilles déjà en place ou ailleurs pour ceux qui préfèrent les chemins de traverse. C’est le côté tactile du réseau.

Les réflexions fusent, les doutes aussi, des appels à l’aide, des rires, des commentaires. L’artiste montre les gestes élémentaires. Un tricotage à quatre mains s’installe à côté. Le réseau s’ébroue au son des aiguilles entrant en action. Les liens affleurent au fil du tricot, la connectivité se dessine peu à peu. La matière prend vie. L’espace- temps-tricot ouvre les univers de chacun en tentant de mettre à distance les préjugés sur la maladie mentale.

L’heure de repartir se fait sentir. La plasticienne invite une dernière fois à la séance photo prévue la semaine suivante insistant sur la continuité du travail artistique, expliquant où se feront les prises de vue, et comment. Aujourd’hui, tout le monde est pressé. Une infirmière va recevoir une médaille du travail, c’est important, la salle se vide.

Direction le lieu de la future photo, dans le parc de l’hôpital, sur une petite prairie plantée de quelques arbres qui frissonnent, coincée entre l’autoroute et la voie ferrée. C’est là que la photographe fixera les liens et les interactions.

Hôpital Robert Ballanger – Séance photo

Sur place, en début d’après-midi, la lumière est très mauvaise. Tout semble pris dans cette gangue ralentissant la vie. Il fait très froid. A l’intérieur, cinéma dans une ambiance cocooning où la photographie en extérieur ne semble plus tout à fait d’actualité. Les antennes de l’artiste captent l’ambiance. Patience et force de persuasion s’imposent.

Le réseau extrait de ses valises prend place sur les arrondis des pentes douces de la prairie verte jusqu’à la ligne des arbres. L’œil de l’artiste s’affole. L’absence de lumière écrase les reliefs contrariant son installation. La plasticienne revoit la scénographie. Déplacement du réseau. Verdict photographique ? C’est le moment ! Les participants du jour découvrent la scène qu’ils vont animer et forger de leurs présences. Ce moment a quelque chose du cercle que forment les artistes avant d’entrer en scène. Les accessoires ne sont pas en reste et disent pour chacun quelque chose de ce qu’ils veulent impulser dans le réseau. La plasticienne saisit les instants où le courant fonctionne. Elle encourage jusqu’au moment où l’énergie retombe. L’heure de replier le réseau sonne. Chacun est sorti de sa zone de confort pour que la création surgisse. Durant la séance photo, malgré le froid, des personnels et patients sont venus voir, fumer, et s’enquérir du sens de cette action, d’autres encore depuis le bâtiment ont longuement observé. Une expérience artistique intense s’est déroulée ici impulsant des croisements de toutes portées.

L’équipe prend le temps d’échanger autour d’un café. L’artiste explique la suite, pose des jalons pour la visite des participants de sa future exposition à l’Espace Gainville. Elle tient à ce retour.

 

Courtesy Caroline Vaillant

 

Passerelle de la gare d’Aulnay-sous-Bois

Nouveau décor pour une expérience différente, avec enfin de la lumière, du ciel bleu par intermittence. Les nuages filent sous le vent. Une passerelle béton-métal rehaussée de grillages, enjambe les voies du train, du RER, du tramway T4, les fils des lignes électriques et les voies des bus, de la gare d’Aulnay-sous-Bois. Elle relie le Nord et le Sud d’Aulnay-sous-Bois.

Les participantes du jour viennent d’une structure voisine Mission handicap qui accueille des enfants déscolarisés. La séance commence aiguilles en main. L’artiste saisit ce réseau en croissance, plus souple, plus changeant plus maniable que celui dessiné par les rails qui se croisent et s’entrecroisent quelques mètres en dessous. Les mailles que les tricoteuses forment, résonnent avec celles de la grille de la passerelle. Le vent joue avec le réseau. Ici il est à toutes épreuves, aussi la plasticienne encourage les piétons à l’idée de marcher dessus, ou à rouler sur une portion avec vélos et caddy. Les passants confrontés à cette performance en plein ciel restent scotchés.

 

Courtesy Caroline Vaillant

 

Passerelle de la gare d’Aulnay-sous-Bois

Bis

Toujours du même côté le réseau déploie ses ramifications en pente douce sur les rampes d’accès de la passerelle. L’atelier en plein air doit accueillir quelques membres d’un club de dessin.

Le temps passe et les aiguilles sont toujours en panne. Du haut de la dunette, la plasticienne ne voit rien venir. Quand enfin ils arrivent, le temps prévu de la séance est réduit, certains n’ont quasiment plus le temps d’être là. Il faut réussir en un temps record à sculpter dans l’espace, en révéler les lignes et les formes, mais aussi saisir les résonances dans les mailles intérieures des tricoteurs.

Ces derniers repartis, le réseau, truffé d’élongations, de trous et de nœuds, sera replié, rangé dans les valises pour plus tard être nettoyé, réparé et consolidé.

Couleur Bulle – Sabine Vaillant – hissez vous dans la bulle culturelle, mars 2017

www.caroline-vaillant.fr

 

Courtesy Caroline Vaillant

blog couleur-bulle.fr sabine vaillant

 

Sabine Vaillant

Couleur Bulle

http://sabine-vaillant.webnode.fr/

 

CAROLINE VAILLANT, PLASTICIENNE SOUS LE SIGNE DU LIEN