ANDRE ROBILLARD EN COMPAGNIE DE HENRI-FRANÇOIS IMBERT, UN GRAND ARTISTE DE L’ART BRUT

SYNOPSIS ANDRÉ ROBILLARD EN COMPAGNIE

André Robillard, en compagnie Henri-François Imbert blog couleur-bulle.fr sabine vaillant

En 1964, André Robillard s’est mis à fabriquer des fusils avec des matériaux de récupération, ramassés au hasard de ses promenades dans l’hôpital psychiatrique où il vivait près d’Orléans. Aujourd’hui, à 87 ans, André demeure toujours dans cet hôpital, où il est entré à l’âge de neuf ans il y a 78 ans. Entre temps, il est devenu un artiste internationalement reconnu du champ de l’Art Brut. Lors d’un voyage d’André à l’Hôpital de Saint-Alban, en Lozère, pour présenter une création théâtrale à laquelle il participe, tout se relie enfin: l’Art Brut, la psychiatrie, la Résistance. L’histoire d’André Robillard croise en effet celle de la Psychothérapie Institutionnelle, véritable révolution du regard sur la folie, opérée au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

ANDRÉ ROBILLARD, EN COMPAGNIE

André Robillard

Voilà 25 ans que la caméra de Henri-François Imbert suit André Robillard, artiste internationalement reconnu du champ de l’Art Brut principalement pour les fusils qu’il confectionne depuis 1964. Le cinéaste livre son troisième film : André Robillard, en compagnie. Il ouvre le champ et « … permet d’envisager comment tout cela a été possible ».

L’œil de la caméra le suit découvrant et commentant les œuvres de Auguste Forestier son artiste préféré. Puis, du haut de ses 80 ans, sur la scène de théâtre. Entre répétitions et spectacles avec le musicien Alexis Forestier de la Compagnie des Endimanchés pour le spectacle Tuer La Misère, l’artiste se révèle musicien, acteur, chanteur. A cette occasion, il se rend à Saint-Alban en Lozère pour jouer lors des Rencontres de La Psychothérapie institutionnelle. , où François Tosquelles, Lucien Bonnafé et d’autres psychiatres ont inventé cette psychiatrie plus humaine, véritable révolution du regard sur les patients et où ont été accueillis des résistants pendant la guerre. C’est ici aussi qu’a vécu Auguste Forestiera de 1914 à sa mort en 1958. A. Robillard s’immerge dans la vie à Saint-Alban avec la presse aux grands rouages métalliques qui servait à imprimer le journal Trait d’Union  de 1950-1962 et les rencontres personnelles. Son histoire à l’hôpital croise ses sources à Saint Alban, sur la piste du psychiatre Roger Gentis qui selon Henri-François Imbert est son médecin à l’hôpital de Fleury-les-Aubrais.

Hôpital où se trouvent son atelier, ses œuvres, son chez-lui, qu’il ouvre et offre à la caméra. Créateur toujours et encore, l’artiste décrypte sa sculpture commandée par l’hôpital pour les 70 ans de l’institution. André Robillard devant son œuvre exposée pour le vernissage de sa rétrospective à la Collection de l’Art Brut de Lausane revient sur les pièces exposées, sur son univers. Il commente, presque incrédule,  la carte postale avec l’un de ses fusils, commandée par Michel Thévoz conservateur du musée qui présenta en 1976 ses premiers fusils laissant la porte ouverte à sa renaissance.

Enfin André Robillard, sculpteur, plasticien, dessinateur, musicien, créateur d’art brut, entouré de ses admirateurs, amis, des directeurs de l’hôpital qui se sont succédés, est fait Chevalier des Arts et des Lettres le 26 novembre 2015 par Sylvie Le Clech Directrice Régionales des Affaires Culturelles Centre Val de Loire.

André Robillard, en compagnie un voyage ou « comment un homme, relégué à une situation d’abandon et d’enfermement (depuis l’âge de 9 ans) a pu non seulement se mettre à créer, mais y être encouragé; comment aussi des médecins, depuis 50 ans, ont pu découvrir ce travail et favoriser sa reconnaissance dans le champ de l’Art Brut, en le communiquant dès sa découverte à Jean Dubuffet ». Autant de questions posées, par Henri-François Imbert, dans ce compagnonnage cinématographique de 25 ans autour de l’Art Brut, de l’histoire de la psychiatrie, croisés par l‘Histoire, entrant en résonance avec le devenir de la psychiatrie à l’hôpital aujourd’hui, les pratiques, les moyens alloués. André Robillard en Compagnie de François Imbert, un film solaire à voir. 

  • ANDRÉ ROBILLARD, EN COMPAGNIE – 2018 – Henri-François Imbert

France – 92 min

Libre Cours

Sortie nationale : 14 novembre 2018

Sabine Vaillant

Couleur Bulle

blog couleur-bulle.fr sabine vaillant

HENRI-FRANÇOIS IMBERT- CINÉASTE

FILMOGRAPHIE

1993 : André Robillard, A coup de fusils! – 25 minutes

2013 : André Robillard, En chemin – 80 minutes

2018 : Dans André Robillard, en compagnie, « Imbert le filme tandis qu’il commente la carte postale grâce à laquelle il a compris (tardivement [1]) que ses œuvres se trouvaient dans un musée : éditée par la Collection de l’Art Brut de Lausanne, elle représentait l’un de ses premiers fusils, photographié par Mario Del Curto à la demande du conservateur Michel Thévoz »– 92 minutes

1996 : Sur la plage de Belfast

1999 : Doulaye Une saison des pluies

2003 : No Pasarán, Album souvenir

2008 : Le Temps des amoureuses

Henri-François Imbert, libre cours – novembre 2018 – Editions Playlist Society.

CAROLINE VAILLANT – PLASTICIENNE – SUR LE TERRAIN / ÉCOLE D’ART CLAUDE MONET – NAISSANCE D’UNE OEUVRE

 

Caroline Vaillant a marqué l’espace de la ville de son réseau tricoté. Cet ouvrage changeant, éphémère, a pris volume et forme dans la tension des fils de ceux qu’elle a invités à entrer dedans. Les lignes de force de ses photographies ont puisé dans les lieux traversés au sein desquels le réseau manipulé a pris l’allure d’une sculpture quasi personnifiée qui a roulé sa bosse, voyagé, passé du temps avec des personnes d’horizon différents.

 

Courtesy Caroline Vaillant

 

Carrefour des Droits de l’Homme

Tout a commencé un début d’après-midi sur une file de l’autoroute du Nord de Paris dans la petite auto de l’artiste entre camions et voitures, tous plus pressés les uns que les autres. Pas de rallye en vue, juste l’ambition d’arriver entières guidées par la voix imperturbable du GPS. Caroline s’est assurée ce matin par téléphone de la météo à Aulnay-sous-Bois et de la volonté des tricoteurs de poser pour les photos aujourd’hui. Tout devrait fonctionner, même si, il faudra faire vite aux vues des températures extérieures, glaciales. Sur place, l’épineuse question du stationnement réglée, déballage du matériel photo. Roulent valises par un froid mordant, un escabeau sous le bras direction le Carrefour Des droits de l’homme d’Aulnay-sous-Bois.

Choisi et étudié, pour sa lumière par l’artiste lors de ses repérages en solo, le lieu est un peu no man’s land. Fréquenté par les voitures, bruyant aussi, situé sous le pont de l’autoroute qui sépare de son trait d’asphalte deux territoires d’Aulnay-sous-Bois, son terre-plein a été planté de lourdes pierres pour en limiter l’accès. Hasard ou recherche esthétique de la DDE, certaines sont disposées en cercle, au centre de cet îlot de terre. Tel un cromlech des temps modernes, il attend que la lumière allume ses pierres dans un lieu de passage, à usage fonctionnel. L’atmosphère du lieu s’en ressent.

Tapis en boules au fond des trois valises le réseau attend sa mise en tension. La plasticienne suit sa carte mentale des entrelacs et en traduit les images de ses indications. La scénographie nécessite de longues manipulations. Caroline s’interrompt, évalue son travail, photographie l’avancement, compare la lumière avec celle de ses repérages, aujourd’hui le ciel n’est pas exactement bleu, grimpe sur l’escabeau pour une meilleure vue d’ensemble.

Dernières retouches, la composition semble conforme à son attente. Le réseau déploie ses gris, sa matière, sa géométrie. Il ne lui reste plus qu’à prendre vie en se connectant au réseau des tricoteurs, à entrer en interaction avec celui des transports routiers qui distribuent les habitants au quatre coins de la ville.

Des femmes et un homme arrivent du foyer de personnes âgées, disposés à donner de leur réseau. Les pros du tricot sont déjà à l’œuvre, les autres tâtonnent, demandent conseil aux voisins, ça parle, rit, plaisante, chante. L’aventure qui lie le groupe se joue en live. L’installation prend corps, chacun se concentre sur son ouvrage. Le réseau entre en tension, éprouvant les liens, ouvrant la communication non verbale, d’inconscient à inconscient. La séance photo démarre. La photographe varie ses angles de prise de vue, ajuste la position des tricoteurs, encourage de la voix, court d’un point à un autre, cherche la lumière, mitraille. Quelques vérifications rapides sur l’écran, dernière série… la plasticienne remercie et donne le clap de fin. Les tricoteurs gelés rentrent se mettre au chaud. Pas le temps de partager une boisson chaude, il faut ranger.

Le réseau s’est allongé. Il est emmêlé de partout, patiemment les rubans de tricot sont débarrassés de la terre et des brins de végétaux, que le réseau a emportés avec lui, puis enroulés en petits tas qui seront finalement repris et ré-enroulés entre eux pour constituer des monticules moelleux. Le réseau ainsi replié emporte avec lui les voix, les pensées, l’imaginaire des tricoteurs avant de disparaître dans ses valises.

Retour sur Paris, trafic dense. Dans l’habitacle de la voiture, après trois bonnes heures dehors, relâche, échange sur la séance. Caroline s’inquiète, la lumière lui semble juste et tellement différente de celle de ses repérages. Il est trop tôt pour conclure. Seules les photos, une centaine, pourront lever le doute. Accepter une part d’improvisation dans son travail génère beaucoup d’incertitudes : combien de tricoteurs seront réellement au rendez-vous, prendront-ils librement des postures intéressantes, seront-ils constants et concentrés, la lumière sera-t-elle changeante ?

Courtesy Caroline Vaillant

 

Hôpital Robert Ballanger – Séance tricot

Aujourd’hui en route pour le centre hospitalier intercommunal Robert Ballanger, pour une heure de tricotage à l’hôpital de jour, du service de psychiatrie. Le pavillon, se trouve au fond du parc, loin de l’entrée.

Caroline a œuvré en amont pour proposer son projet, régler les questions administratives et mettre en place le calendrier, pourvu qu’ils n’aient pas oublié… La porte s’ouvre sur une grande pièce plutôt lumineuse, seuls quelques participants à l’atelier mosaïque créent au calme, entourés de leur matériel. Autour de grandes tables, l’artiste parle de son travail assure que personne n’est obligé de tricoter. Elle invite à se saisir des aiguilles déjà en place ou ailleurs pour ceux qui préfèrent les chemins de traverse. C’est le côté tactile du réseau.

Les réflexions fusent, les doutes aussi, des appels à l’aide, des rires, des commentaires. L’artiste montre les gestes élémentaires. Un tricotage à quatre mains s’installe à côté. Le réseau s’ébroue au son des aiguilles entrant en action. Les liens affleurent au fil du tricot, la connectivité se dessine peu à peu. La matière prend vie. L’espace- temps-tricot ouvre les univers de chacun en tentant de mettre à distance les préjugés sur la maladie mentale.

L’heure de repartir se fait sentir. La plasticienne invite une dernière fois à la séance photo prévue la semaine suivante insistant sur la continuité du travail artistique, expliquant où se feront les prises de vue, et comment. Aujourd’hui, tout le monde est pressé. Une infirmière va recevoir une médaille du travail, c’est important, la salle se vide.

Direction le lieu de la future photo, dans le parc de l’hôpital, sur une petite prairie plantée de quelques arbres qui frissonnent, coincée entre l’autoroute et la voie ferrée. C’est là que la photographe fixera les liens et les interactions.

Hôpital Robert Ballanger – Séance photo

Sur place, en début d’après-midi, la lumière est très mauvaise. Tout semble pris dans cette gangue ralentissant la vie. Il fait très froid. A l’intérieur, cinéma dans une ambiance cocooning où la photographie en extérieur ne semble plus tout à fait d’actualité. Les antennes de l’artiste captent l’ambiance. Patience et force de persuasion s’imposent.

Le réseau extrait de ses valises prend place sur les arrondis des pentes douces de la prairie verte jusqu’à la ligne des arbres. L’œil de l’artiste s’affole. L’absence de lumière écrase les reliefs contrariant son installation. La plasticienne revoit la scénographie. Déplacement du réseau. Verdict photographique ? C’est le moment ! Les participants du jour découvrent la scène qu’ils vont animer et forger de leurs présences. Ce moment a quelque chose du cercle que forment les artistes avant d’entrer en scène. Les accessoires ne sont pas en reste et disent pour chacun quelque chose de ce qu’ils veulent impulser dans le réseau. La plasticienne saisit les instants où le courant fonctionne. Elle encourage jusqu’au moment où l’énergie retombe. L’heure de replier le réseau sonne. Chacun est sorti de sa zone de confort pour que la création surgisse. Durant la séance photo, malgré le froid, des personnels et patients sont venus voir, fumer, et s’enquérir du sens de cette action, d’autres encore depuis le bâtiment ont longuement observé. Une expérience artistique intense s’est déroulée ici impulsant des croisements de toutes portées.

L’équipe prend le temps d’échanger autour d’un café. L’artiste explique la suite, pose des jalons pour la visite des participants de sa future exposition à l’Espace Gainville. Elle tient à ce retour.

 

Courtesy Caroline Vaillant

 

Passerelle de la gare d’Aulnay-sous-Bois

Nouveau décor pour une expérience différente, avec enfin de la lumière, du ciel bleu par intermittence. Les nuages filent sous le vent. Une passerelle béton-métal rehaussée de grillages, enjambe les voies du train, du RER, du tramway T4, les fils des lignes électriques et les voies des bus, de la gare d’Aulnay-sous-Bois. Elle relie le Nord et le Sud d’Aulnay-sous-Bois.

Les participantes du jour viennent d’une structure voisine Mission handicap qui accueille des enfants déscolarisés. La séance commence aiguilles en main. L’artiste saisit ce réseau en croissance, plus souple, plus changeant plus maniable que celui dessiné par les rails qui se croisent et s’entrecroisent quelques mètres en dessous. Les mailles que les tricoteuses forment, résonnent avec celles de la grille de la passerelle. Le vent joue avec le réseau. Ici il est à toutes épreuves, aussi la plasticienne encourage les piétons à l’idée de marcher dessus, ou à rouler sur une portion avec vélos et caddy. Les passants confrontés à cette performance en plein ciel restent scotchés.

 

Courtesy Caroline Vaillant

 

Passerelle de la gare d’Aulnay-sous-Bois

Bis

Toujours du même côté le réseau déploie ses ramifications en pente douce sur les rampes d’accès de la passerelle. L’atelier en plein air doit accueillir quelques membres d’un club de dessin.

Le temps passe et les aiguilles sont toujours en panne. Du haut de la dunette, la plasticienne ne voit rien venir. Quand enfin ils arrivent, le temps prévu de la séance est réduit, certains n’ont quasiment plus le temps d’être là. Il faut réussir en un temps record à sculpter dans l’espace, en révéler les lignes et les formes, mais aussi saisir les résonances dans les mailles intérieures des tricoteurs.

Ces derniers repartis, le réseau, truffé d’élongations, de trous et de nœuds, sera replié, rangé dans les valises pour plus tard être nettoyé, réparé et consolidé.

Couleur Bulle – Sabine Vaillant – hissez vous dans la bulle culturelle, mars 2017

www.caroline-vaillant.fr

 

Courtesy Caroline Vaillant

 

Sabine Vaillant

Couleur Bulle

http://sabine-vaillant.webnode.fr/

CAROLINE VAILLANT, PLASTICIENNE SOUS LE SIGNE DU LIEN